L'Histoire de l'Abbaye de La Sauve-Majeure


 

"... Ses ruines "romantiques" possèdent

le plus bel exemple

de l'art des sculpteurs de la Guyenne romane..."

 

Cit. Philippe Araguas,

professeur d'histoire et archéologie médiévale

à l'université Michel-de-Montaigne, Bordeaux III

 

 


 

En 1079, avec le soutien du Duc d'Aquitaine Guillaume VIII, Gérard de Corbie et ses compagnons fondent une abbaye dans la Silva major, grande forêt située au cœur de l'Entre-deux-mers.

 

Passée de petite bourgade (fin du XIème siècle) à une véritable ville monastique à son apogée (début du XIVème siècle), l'abbaye de la Sauve majeure fut l'une des plus importantes et rayonnantes de France et de l'Europe Occidentale (ainsi qu'un lieu de pèlerinage après la canonisation de Gérard de Corbie par le pape Célestin III en 1197).

 

 

Cette expansion ne fut possible que grâce au soutien des influents et puissants seigneurs locaux. Au cours de ces florissantes années, toutes transactions, donations ou achats étaient consignés dans des cahiers qui composent le grand cartulaire de l'abbaye, témoignant de la grande activité économique de la communauté monastique. L'organisation de la vie monastique s'inspire des modèles de l'époque comme l'abbaye de Cluny et obéit à la règle de Saint-Benoît.

 

A la fin duXIIème siècle, l'abbaye était à la tête d'une congrégation comptant plus de soixante-dix prieurés, répartis sur une large frange de l'Europe occidentale, de l'Angleterre à la Castille.

 

 

 

A la fin de la guerre de cent ans, l'Entre-deux-Mers sort malmenée par les derniers combats entre les armées française et anglaise. Les campagnes se sont dépeuplées et de nombreuses bourgades ont été partiellement détruites. La Sauve Majeure n'échappe pas à cet état de fait et dû se reconstruire dans un climat de contestation de ses privilèges et de rivalité économique avec la bastide de Créon. Dès lors, repliée sur elle-même, l'abbaye perd de son influence.

 

En 1660, les moines mauristes prennent possession du monastère.

 

La vie religieuse persiste embryonnairement sous la Révolution malgré la confiscation ou le pillage et la redistribution du patrimoine du monastère ainsi que la vente aux enchères des biens fonciers de l’abbaye. Cette dernière est transformée à cette période en centre de détention. Par la suite, la lente agonie des bâtiments religieux se confirme.

 

En 1860, l’école normale de la Gironde s’installe dans les locaux rectangulaires jouxtant l’abbaye. Ces bâtiments seront détruits par deux incendies successifs en 1882 et 1910. On y installera aussi un petit hôpital militaire entre 1914 et 1918.

 

 

La « fixation des vestiges » et la restauration sont initiés dans la deuxième partie du XXème siècle. Un musée lapidaire présentant des chapiteaux et sculptures originaires de l’abbaye est inauguré en 1970.

 

Les murs en place des bâtiments majestueux de l'ancienne abbaye témoignent de la richesse du décors d'ornement. Véritable chef d'œuvre de l'art roman, les compositions sculpturales s'inspirent largement de la Bible et de la mythologie ; y sont aussi représentés, des monstres, animaux ou végétaux entrelacés. On y trouve entre autres scènes la mort de Saint-jean Baptiste et le banquet d'Hérode, le sacrifice d'Abraham, Adam et Eve, Daniel dans la fosse aux lions, Daniel et le grand serpent, l’histoire de Samson...

 

Xavier Martos